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Ateliers d'art-thérapie: créativité pour un mieux-être des patients

L'association Alzheimer Belgique propose depuis plus de 2 ans des ateliers d'art-thérapie à destination des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer. Auteur d'une étude sur le sujet* et animatrice de ces ateliers, Nathalie de Wouters dresse avec nous le bilan de ces deux années d'activité.

D'après votre expérience, quels bénéfices les patients Alzheimer retirent-ils des ateliers d'art-thérapie?

Plusieurs approches peuvent justifier le recours à l'art-thérapie. Certains thérapeutes pratiquent cette technique pour tenter de décrypter la personnalité de leurs patients tandis que d'autres considèrent les activités artistiques comme des moyens d'expression, le processus de création étant, dans ce cas, plus important que l'oeuvre produite. Une troisième école mise enfin sur le potentiel créateur qui peut être réveillé au cours de ces ateliers et qui peut permettre à la personne de surmonter ses difficultés. L'approche que je privilégie est surtout basée sur la communication et l'expression des émotions. Les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer perdent petit à petit le langage et comprennent moins bien ce qui leur est dit. Il faut donc développer avec elles des moyens de communication alternatifs. Le dessin, la peinture, le mime ou les marionnettes peuvent y aider. Les ateliers sont également le lieu d'un travail sur l'identité. Les patients Alzheimer ont des difficultés à appréhender "qui" ils sont aujourd'hui et à identifier les autres. Les activités artistiques leur donnent un statut au sein du groupe: les uns sont musiciens, les autres peintres ou chanteurs. Les bribes du passé de certains sont également évoquées, remémorées, partagées au cours des ateliers.

L'un des objectifs est donc aussi l'initiation ou le réapprentissage de certaines activités artistiques?

Il est vrai que les patients Alzheimer oublient peu à peu certains gestes. Ainsi, une partie d'entre eux ne sait plus comment peindre, dessiner ou jouer de la musique. Imiter les autres peut les remettre sur la voie. Je commence toujours chaque atelier par une activité graphique. C'est l'occasion pour les participants de retrouver leur place et de revoir les dessins qu'ils ont déjà réalisés. Cette activité est ensuite suivie d'un moment musical: guitare, chant... Après une pause permettant d'aller se balader un peu à l'extérieur, je leur raconte une histoire, je sors les marionnettes ou j'entame un jeu. Les activités doivent être diversifiées au maximum pour que chaque patient y trouve de l'intérêt, voire du plaisir.

Vous mesurez dans votre livre l'impact des ateliers d'art-thérapie chez les patients Alzheimer. Les résultats sont plutôt encourageants.

Après 6 mois, nous avons voulu savoir si les effets bénéfiques des ateliers dépassent le cadre de ceux-ci. Pour 3 patients sur 4, l'évaluation était positive. Les participants étaient redevenus plus actifs et plus communicatifs avec leurs proches. Seul l'un d'entre eux, arrivé à un stade plus critique de la maladie, n'a pas montré de tels progrès. Pour leurs proches, l'art-thérapie s'est révélée un moyen de découvrir ou de redécouvrir les capacités ou les intérêts de chacun, mais aussi un moment de répit indispensable. Les patients Alzheimer deviennent parfois une source de fatigue importante pour leur conjoint, leurs enfants ou toute personne qui les aide au quotidien. Les ateliers sont une alternative permettant, au moins pour un temps, d'éviter le placement dans une institution. Dans la mesure où la personne malade parvient malgré ses difficultés à s’intégrer peu à peu et en toute confiance dans un petit groupe d’art-thérapie, elle pourra accepter plus facilement de fréquenter un centre de jour par la suite.

Aurélie Bastin

Pour plus d'informations sur les ateliers d'art-thérapie:

Alzheimer Belgique

02/428.28.10

www.alzheimerbelgique.be

* Nathalie de Wouters d'Oplinter: "Ateliers d'art-thérapie", Col. Les cahiers du troisième âge, Ed. Kluwer, 2007.

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