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Les patients Alzheimer sont encore capables d'apprendre

La maladie d'Alzheimer est irréversible mais cela ne signifie nullement que les personnes atteintes sont dépourvues de toute faculté d'apprentissage ou d'adaptation. La méthode dite de réhabilitation cognitive, adaptée par l'équipe du Pr Eric Salmon de l'Université de Liège, a déjà fait ses preuves. Démonstration avec l'intéressé.

Des systèmes d'apprentissage différents

Les patients Alzheimer souffrent notamment d'un problème de mémoire et de planification et ne parviennent plus à apprendre comme auparavant. Les systèmes traditionnels d'apprentissage ne fonctionnent plus."En revanche, souligne le Pr Salmon (du Centre de la Mémoire de l'Université de Liège), il existe d'autres systèmes, fondés sur les automatismes, qui eux, ont prouvé leur efficacité. Un simple exemple: si vous offrez un percolateur à une personne atteinte d'Alzheimer, il faut bien se dire qu'elle ne pourra pas s'en sortir avec un mode d'emploi traditionnel. La lecture de ce type d'ouvrage nécessite une bonne dose de concentration et de compréhension. Vous obtiendrez nettement plus d'un patient si vous lui montrez toutes les étapes de la confection du café, et que vous les répétez très régulièrement avec lui afin qu'il acquière des automatismes plutôt que de lui donner de simples instructions verbales." 

L'utilité d'un agenda

Au Centre de la Mémoire, le Pr Salmon et son équipe tentent d'apprendre aux patients en début de maladie à utiliser correctement un agenda. "Cela n'a l'air de rien, mais quand on n'a plus utilisé d'agenda depuis longtemps, ce n'est pas évident de savoir ce qu'il faut noter, quand il faut le faire, comment le consulter, voire comment connaître le jour puisqu'on souffre d'une désorientation dans le temps. La première chose à apprendre, c'est de prendre note au bon endroit dans l'agenda, avec tous les éléments requis pour une bonne compréhension des notes (noter un rendez-vous à 15 h n'a pas beaucoup de sens si on ne souvient plus avec qui)."Dans ce contexte, l'entourage est aussi sollicité. Il doit veiller à disposer l'agenda dans un endroit fixe, par exemple à proximité du téléphone, et de prévoir de quoi écrire. Chaque fois que la personne n'ouvre pas l'agenda au moment d'un appel, il faudra le lui faire remarquer et tout reprendre à zéro. Il faut que ce comportement devienne automatique et valorisant dans la vie sociale." 

L’utilisation du GSM

Dans de nombreuses situations, le GSM peut s'avérer très utile pour la personne atteinte d'Alzheimer. Une fois de plus le maniement de cet appareil nécessite un long apprentissage. "Il faut apprendre au patient que la sonnerie signifie qu'il doit plonger la main dans la poche du pantalon et saisir le mobile, "décrocher" et répondre, puis éteindre et le ranger dans la même poche après la communication. Enoncés de cette manière, ces étapes peuvent paraître simples. Détrompez-vous, elles doivent être appliquées par des professionnels (thérapeutes, ergothérapeutes, neuropsychologues…), car la manipulation régulière du GSM, étape par étape, pour une utilisation simplifiée, est essentielle pour qu’une habitude se crée chez le patient." 

Un travail valorisant en société

Le travail doit cependant être relayé par l'entourage au domicile et en société. Le but est de (re)mettre en route une activité qui puisse être valorisante à la maison ou dans l'environnement direct du patient. Si le patient est mieux intégré dans son environnement, on constatera généralement une amélioration de l'humeur et du comportement. Ces techniques de réhabilitation n'empêchent pas l'évolution de la maladie mais peuvent en limiter les répercussions.In fine, cette revalidation devrait pouvoir retarder l'institutionnalisation des personnes. 

En pratique

Pour mener à bien un apprentissage comme ceux décrits ci-dessus, les patients devraient, idéalement, se situer à un stade débutant de la maladie puisqu'ils doivent être demandeurs (rien ne sert de leur imposer une méthode dont ils ne veulent pas). Dans un premier temps, les médecins de la Clinique de la Mémoire au CHU de Liège discutent des difficultés et des desiderata de chacun et fixent des objectifs sur 3 mois. Il n'existe pas de recettes standard, chaque cas est particulier et nécessite une certaine analyse au départ pour pouvoir donner des conseils logiques et pertinents.Le patient entame alors un programme au Centre de la Mémoire à raison de deux fois 2 à 3 heures par semaine. Il est parfois nécessaire d'enchaîner plusieurs programmes de 3 mois. L'implication de l'entourage se révèle très important, il doit inciter le patient à ne pas rater les séances.  

Plusieurs centres en Belgique s'inspirent de ce type de réhabilitation cognitive pour mieux comprendre la maladie et contrer ses conséquences. Cette méthode demande une formation importante. La mise en pratique de ces techniques n'est pas évidente, il faut prendre le temps pour mettre en place ces automatismes. D’autres centres de la Mémoire à Liège, et dans les Services de Neurologie des Universités de Louvain et d’Anvers, notamment, s'inspirent de ces techniques pour aider leurs patients.

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