Immigrés: une prise en charge spécifique?

La perception de la maladie d’Alzheimer peut varier selon les cultures. Or, c’est souvent la manière d’appréhender la démence qui dicte la prise en charge du patient.

Immigrés: une prise en charge spécifique?
Un dialogue avec les esprits

Lorsque la maladie d’Alzheimer frappe des personnes d’origine étrangère, leur prise en charge présente parfois certaines spécificités. Raison principale? Dans certaines cultures, la manière d’appréhender la maladie d’Alzheimer est aux antipodes de la vision occidentale. «. Selon certaines croyances, la démence est inéluctable et naturelle. C’est le signe que les personnes âgées sont en mesure de communiquer avec les esprits», souligne Thierry Pepersac, responsable du service de gériatrie à l’hôpital Erasme, à Bruxelles. Dans ces conditions, il est rare que leurs proches viennent solliciter l’aide d’un spécialiste. L’établissement d’un diagnostic et la mise en place d’un traitement sont alors retardés, voire absents.

Priorité à la médecine traditionnelle

Quand certains patients - ceux notamment originaires d’Afrique - se rendent en consultation, c’est souvent après avoir épuisé d’autres recours. «Les malades privilégient d’abord la médecine traditionnelle: marabouts, sorciers ou autres», note Philippe Woitchik, ethnopsychiatre au CHU Brugmann de Bruxelles. Mais le recours à la médecine traditionnelle n’est pas forcément contradictoire avec la médecine occidentale. Cette dernière apparaît plutôt comme un outil complémentaire, lorsque, par exemple, l’hypothèse d’un mauvais sort est écartée. «Ce sont d’ailleurs souvent les sorciers qui incitent les patients à se rendre à l’hôpital pour demander l’avis d’un spécialiste», note Philippe Woitchik, .

Des malades très entourés

Autre différence de taille: le placement en institution reste marginal pour les personnes d’origine étrangère. Lorsque la maladie est diagnostiquée - même tardivement - et que le patient étranger est traité, ce dernier est souvent très entouré par les siens: «Il y a généralement un tissu familial très développé et solidaire pour s’occuper des aînés à leur domicile», explique Thierry Pepersack.
Un réflexe qui tend néanmoins à disparaître avec l’assimilation des enfants d’immigrés: les fils, comme les filles, travaillent et n’ont pas forcément le temps de s’occuper de leur parent malade. «Il n’est alors pas rare que la personne âgée et malade soit reconduite au pays, où elle est accueillie par des membres de la famille restés sur place», explique Philippe Woitchik.

Jonathan Barbier

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