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Institutions: Faut-il accueillir ensemble patients déments et non déments?

Dans le difficile choix d'une institution d'accueil pour un patient Alzheimer qui est devenu trop dépendant pour son entourage, un critère est particulièrement déterminant: est-il opportun de confier un proche à une institution qui accueille également des personnes ne souffrant pas de démences?

Les patients Alzheimer ont besoin d'une prise en charge très spécifique à tous les points de vue: social, médical, matériel… Cette prise en charge peut cependant se faire soit dans des institutions spécialisées, qui se multiplient aujourd'hui, ou dans des maisons de repos qui accueillent aussi des personnes sans démence.

Le risque d'être confronté à l'agressivité

Les arguments pour la séparation des patients déments et non déments sont nombreux. Le premier tient aux difficultés de cohabitation entre les deux populations, comme l'explique Catherine Goor, qui s'est occupée pendant plusieurs années d'une institution spécialisée dans les patients déments. "Dans la démence, les patients ne se fixent pas les limites qui permettent la vie sociale. Ils envahissent donc souvent le territoire, matériel ou autre, des personnes qui les entourent. Si ces personnes ne sont pas des professionnels formés, le patient Alzheimer pourra alors être rejeté, parfois confronté à de l'agressivité. Or il n'y a rien de pire pour une personne démente que de ne pas se sentir aimé…".

Un environnement différent

D'autres raisons, plus pragmatiques, plaident pour la séparation. "Les patients Alzheimer ont besoin d'un environnement bien particulier: absence d'arêtes saillantes, éclairage intense pour améliorer les états dépressifs souvent liés à la maladie. Il faut aussi des lieux où les patients les plus atteints peuvent déambuler sans obstacle, car la sensation de fermeture, pourtant indispensable à leur sécurité, leur est difficilement supportable" témoigne Geneviève Kalgout, directrice de la résidence New Philip à Forest, spécialisée dans l'accueil de patients atteints de démence. Les lieux de vie des patients Alzheimer doivent donc être matériellement adaptés.

Un mélange qui peut être harmonieux

Cependant, la cohabitation n'est pas toujours une mauvaise chose. Pour Vincent Goffin, responsable de l'institut Regina à Bruxelles, qui accueille patients déments et non déments sans séparation, "la nature humaine est souvent bonne, et les choses se passent la plupart du temps bien dans notre établissement, où nous entretenons un état d'esprit familial etcommunautaire. Si un patient dément entre dans une chambre qui n'est pas la sienne, il suffit que l'occupant lui demande de la quitter, et il le fera sans qu'il y ait eu de difficultés… les personnes désorientées peuvent être recadrées, stimulées par les personnes lucides." Par ailleurs, certains patients lucides peuvent apprécier le fait de s'occuper de personnes plus dépendantes: le sentiment d'être utile est précieux.

Une question de choix

La clé d'une bonne cohabitation, c'est évidemment le choix fait par toutes les parties. Les patients lucides doivent avoir la liberté d'être en contact avec des déments ou non; les familles des patients Alzheimer doivent pouvoir choisir la résidence de leur proche en toute connaissance de cause; et surtout, la direction des établissements doit mettre au point un projet de vie qui permette de tirer le meilleur parti de l'option sélectionnée.   

Marion Garteiser
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