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Oméga-3 et maladie d'Alzheimer

La diététique au service de la maladie d'Alzheimer? Le constat n'est pas neuf, la très sérieuse revue "Neurology" le confirme: consommer des aliments à base d'oméga-3 diminue les risques de diverses démences dont la maladie d'Alzheimer. Les résultats sont néanmoins à nuancer, comme le souligne Jean-Pierre Brion, neuropathologiste et professeur à l'ULB.

L'étude qui vient étayer cette thèse a porté sur une population de 8085 hommes et femmes âgés de plus de 65 ans, non atteints de démence avant le début des tests. Après 4 ans de suivi, 183 d'entre eux ont développé la maladie d'Alzheimer et 98 un autre type de démence. Quel rapport avec les oméga-3, ces acides gras qu'on trouve dans le poisson, le soja, la noix ou encore le colza... Après de nombreuses analyses, il est apparu que les consommateurs réguliers d'huiles riches en oméga-3 avaient un risque de démence réduit de 60% par rapport à ceux qui en consommaient peu... Quant aux fruits et légumes, ils réduisent aussi ce risque de 30% s'ils sont mangés quotidiennement. Bien se nourrir équivaut donc, dans une certaine mesure, à prévenir l'apparition de la maladie.

Haro sur l'ApoE4

Les résultats de cette étude sont néanmoins à nuancer, puisque la réduction du risque ne s'exprimerait que si ces consommateurs ne sont pas porteurs de l'une des variations du gène responsable de la production de l'apolipoprotéine E4 (ApoE4) favorisant l'apparition de la maladie. La plupart des individus n'étant pas porteurs de ce gène, ces résultats peuvent néanmoins "avoir des implications considérables en matière de santé publique", comme l'a déclaré Pascale Barberger-Gateau de l'INSERM, l'un des auteurs de cette étude. "Mais soyons clairs : ces résultats ne permettent pas d'assurer qu'une personne qui va suivre un régime diététique ne va pas développer la maladie d'Alzheimer!", insiste Jean-Pierre Brion, neuropathologiste et professeur à l'ULB. "C'est impossible à prédire à l'échelle individuelle, puisqu'il s'agit seulement de statistiques..."

Oméga-3, mais encore?

D'autant que le régime alimentaire suivi par les personnes ayant participé à l'étude n'est pas précisé dans ses moindres détails... "Malgré le fait qu'il s'agisse de résultats encourageants, il faut bien se rendre compte que ce sont des recommandations somme toute assez globales, où n'apparaissent aucunes indications plus précises quant à la consommation d'oméga-3", renchérit Jean-Pierre Brion. Fréquence, quantité, types de fruits/légumes/poissons présents dans le bol alimentaire: l'auteur de l'étude en convient "il faut  encore déterminer à la fois les quantités et les associations alimentaires idéales pour obtenir l'effet protecteur recherché."

Grégory Escouflaire, journaliste ViVio

Source: P. Barberger-Gateau, PhD, C. Raffaitin, MD, L. Letenneur, PhD, C. Berr, PhD, C. Tzourio, PhD, J. F. Dartigues, PhD and A. Alpérovitch, PhD, Dietary patterns and risk of dementia, NEUROLOGY 2007; 69:1921-1930.

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