Excisée... mais reconstruite!

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15/02/2013
Ecrit par Candice Leblanc

Awa, 39 ans, a été excisée lorsqu’elle était toute petite. Elle a souffert pendant des années d’être une femme «incomplète». Jusqu’à ce qu’un médecin réalise sur elle la première reconstruction clitoridienne effectuée en Belgique.

Comment s’est déroulée votre excision?
Ce sont mes tantes paternelles qui nous ont fait excisées, mes deux grandes sœurs, ma cousine, une autre fille et moi… en cachette. Ma mère venait d’une région du Sénégal où l’on ne pratiquait pas l’excision. Quant à mon père, musulman très pratiquant, il y était opposé car ce n’est écrit nulle part dans le Coran. Je n’avais pas trois ans… Je ne me souviens pas de la douleur, mais je me souviens de tout le reste, c’est marqué au fer rouge dans ma mémoire! Ça s’est passé dans les toilettes, en extérieur, derrière une clôture. On nous a allongées les unes à côté des autres. L'exciseuse était une vieille femme sénile. Elle nous a coupées toutes les cinq avec la même paire de ciseaux, sans la moindre hygiène! Après ça, mon père, furieux, n’a plus adressé la parole à ses sœurs pendant dix ans. Mais le mal était fait...

Quelle conséquence cette mutilation a-t-elle eue sur votre vie?
Le sujet était tabou, chez moi. Ce n’est qu’à la puberté que j’ai repris conscience de ma «situation». En observant les autres filles de mon âge, dans la douche, je voyais bien que leur sexe était différent. Je pensais aux garçons mais je n’éprouvais pas de désir pour eux, je ne me masturbais jamais. Plus tard, quand j’ai commencé à avoir une vie sexuelle, j’avais la chance d’avoir des sensations vaginales, mais, pour être honnête, coucher avec un homme n’a jamais été évident pour moi. Je ne faisais l'amour que dans le noir, je ne voulais pas que l’on touche ou embrasse mon sexe; je le trouvais affreux, j’en avais honte...

En mai 2012, vous avez subi une reconstruction clitoridienne. Qu’est-ce que cela vous a apporté?
La libération! Je ne vous cache pas que la convalescence a été très douloureuse: pendant des semaines, impossible de m’asseoir… Mais ça en valait la peine! Car au bout de quelques mois, quand tout a cicatrisé, pour la première fois de ma vie, j'ai osé toucher mon sexe… J’avais des sensations que je n’avais jamais eues, je me sentais vibrer. Début novembre, j’ai recommencé à faire l’amour… et j’ai eu mon tout premier orgasme! À l’aube de la quarantaine, je me sens enfin entière, complète, épanouie. Une vraie femme, quoi!

Awa a été opérée par le Dr Caillet, gynécologue au CHU Saint-Pierre (Bruxelles).

Besoin d'aide ou d’infos?
Vous désirez un avis médical, des informations sur les mutilations génitales féminines ou vous soupçonnez une fille ou une femme d'en être (bientôt) victime?
Vous pouvez contacter:
• la Clinique du Périnée du CHU St-Pierre (site César de Paepe): 02 506 70 91;
le Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles;
Intact asbl, un centre de référence juridique relatif aux mutilations sexuelles.

Commentaires
On ne peut qu'être admiratif devant le courage de cette jeune femme et la prouesse chirurgicale réalisée. Je n'aurais pas cru la chose possible. Tant mieux si elle l'est et si cette "première" rend l'espoir d'une vie affective normale à ces centaines de milliers de femmes mutilées par un entourage obscurantiste.
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