Alzheimer à travers les yeux d’acteurs trisomiques

theaterstap-brilleman-dementie-scene-de-theatre-brilleman-demence_428x229
10/01/2014
Ecrit par Emily Nazionale

Un père qui est atteint de la maladie d’Alzheimer et sa fille qui ne peut plus prendre soin de lui, voici la trame de «Brilleman», une pièce présentée par l’atelier théâtral Theater Stap. Dans le rôle principal: des acteurs atteints de trisomie 21. Un détail qui donne à la pièce une touche très particulière.

Rencontre avec son metteur en scène, Marc Bryssinck.

Seuls des acteurs déficients mentaux se produisent au Theater Stap. Quelle est votre vision du théâtre?

Nous sommes convaincus que si une personne déficiente mentale (atteinte par exemple de trisomie 21) est dotée d’un talent d’acteur, elle doit avoir la possibilité de le développer! Et quoi de mieux que notre atelier pour les y aider? Les acteurs y reçoivent une formation théâtrale, ils ont la possibilité de travailler avec des professionnels, testent des visions différentes du théâtre… Chaque représentation est pour eux une expérience formative. Nous les voyons devenir des individus autonomes, communicatifs, prenant leurs responsabilités au sein du groupe. De leur côté, ils nous donnent à nous, gens de théâtre, l’opportunité de faire une représentation unique à chaque fois.

«Brilleman» traite de la démence. D’où vous est venue cette idée?

Je trouve qu’il y a un lien entre la maladie d’Alzheimer et la trisomie 21. Cette dernière est souvent décrite (erronément) comme le fait de «rester éternellement un enfant», alors qu’on dit parfois juste le contraire des personnes démentes: elles «retombent en enfance». Les compétences linguistiques limitées constituent une autre similitude entre ces deux maladies. C’est la raison pour laquelle nous avons surtout mis l’accent dans la pièce sur le corps, les mouvements, plutôt que sur la restitution d’un texte.

Comment se passent les répétitions au Theater Stap?

À la différence des acteurs classiques, nos acteurs mettent plus longtemps à apprendre un texte. Ils ont par exemple besoin de davantage de temps pour s’approprier le thème. En préparation, les metteurs en scène s’imprègnent dès lors largement du sujet avec la troupe d’acteurs. Pour «Brilleman», nous avons visité un centre de soins de jour accueillant des patients atteints de démence. Néanmoins, comme nous travaillons depuis de nombreuses années déjà avec les mêmes acteurs, ils connaissent bien les ficelles du métier.

Comment les acteurs sont-ils suivis?

Depuis de nombreuses années, Theater Stap collabore avec l’asbl Dagcentrum Kasteel, qui forme et conseille les acteurs pour les répétitions et les représentations. Nous composons ensemble un programme journalier équilibré où les répétitions alternent avec les activités de groupe et les moments de détente. En tant que metteur en scène maison, j’ai noué un lien avec les acteurs au fil des années: je sais quelle approche fonctionne, ou pas. Il est essentiel que tout se passe dans une ambiance bon enfant, sans pression, au rythme des acteurs. Et cette approche est payante, comme en témoignent l’enthousiasme permanent de notre troupe d’acteurs et le feedback à chaque fois positif du public.

«Brilleman» reprend fin janvier. Pour les dates et les lieux des représentations, surfez sur www.theaterstap.be/nl/event/6/brilleman

Plus d’infos sur la maladie d’Alzheimer

Crédit photo: Chris Van der Burght

Laisser un commentaire
Publicité
La pathologie de la semaine
dmla_intro

La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est la première cause de déficience visuelle grave après 60 ans en Belgique. Cette maladie, parfois à l’origine d’une perte d’autonomie importante, reste pourtant méconnue.
Heureusement, des traitements existent pour certaines formes de DMLA. Ils permettent de freiner son évolution, voire dans certains cas de récupérer un peu de l’acuité visuelle perdue! Mais pour cela, il est primordial d’intervenir au plus vite.

Les maladies de A à Z