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"Donner un rein n'empêche pas de vivre normalement"

Si la majorité des reins greffés proviennent d'un donneur décédé, il arrive toutefois que des personnes proches se portent candidates au don de rein. Peut-on continuer à vivre comme avant lorsqu'on n'a plus qu'un seul rein? La réponse avec le Pr Yves Pirson, du service de néphrologie des Cliniques Universitaires Saint Luc.

Pour conserver une bonne qualité de vie, les candidats au don de rein doivent-ils remplir certains critères?

Si l'on veut que le donneur encourre un minimum de risques après la transplantation, il faut idéalement que la microalbuminurie (quantité d'albumine que l'on trouve dans l'urine) et la pression artérielle puissent demeurer dans les limites de la normale après le don. Il faut aussi s'assurer, surtout si c'est un donneur qui n'est plus très jeune, qu'il puisse garder une fonction rénale correcte une fois atteinte une espérance de vie normale. Toute personne candidate au don de rein devrait garder un débit de filtration glomérulaire d’au moins 40 ml/min à l'âge de 80 ans. On sait qu'une personne en bonne santé perd tous les ans une capacité de filtration de 1 ml par minute dès la quarantaine. Un don de rein diminue quant à lui le débit de filtration d'environ 20 ml par minute. Un calcul très simple permet donc de savoir si le donneur conservera ou non un débit de filtration suffisant (après un don de rein, une personne ayant un débit de filtration "moyen" de 110 ml par minute à 40 ans, gardera par exemple un débit de 50 ml par minute à l'âge de 80 ans).

Il y a tout de même des complications qui peuvent survenir après un don de rein?

Après la transplantation, il faut s’attendre à une discrète élévation de la microalbuminurie. Une récente étude démontre également que le taux de filtration glomérulaire de 40 % des donneurs ne dépasse pas les 60 à 80 ml par minute dix ans après l'opération. Si d'autres facteurs de risque comme le tabac ou l'obésité venaient s'ajouter à ces pertes, le risque cardiovasculaire pourrait devenir plus important pour le donneur. Ce dernier doit également savoir qu'on ne dispose que de très peu de données sur son devenir à long terme, la plupart des études réalisées à ce jour ne portant que sur les dix premières années suivant le don de rein. Nous pouvons néanmoins être rassurants! Donner un rein est tout à fait compatible avec une vie normale et ne constitue absolument pas un handicap sur le plan physique. De même, le fait de ne plus avoir qu'un seul rein ne posera aucun problème à une jeune fille souhaitant devenir maman.

Est-ce que des précautions particulières doivent être prises au quotidien par le donneur?

Une sorte de contrat est passé avec lui. Il doit accepter d'être suivi annuellement afin que l'on puisse mesurer sa tension artérielle, son taux de protéine dans l’urine et l'état de « la fonction rénale ». Même si la situation physiologique du donneur n'est en rien comparable à celle d'une personne atteinte d'insuffisance rénale chronique, il faut rester prudent. Si aucune restriction spécifique n'est à noter sur le plan alimentaire, il est vivement conseillé au donneur d'opter pour une bonne hygiène de vie, d'essayer de ne pas prendre trop de poids et de ne pas consommer de grandes quantités de sel. Mais je tiens vraiment à insister sur le fait que lorsque les critères de sélection sont bien respectés – et on peut être rassuré sur ce point dans notre pays – le donneur peut mener une vie tout à fait normale avec un seul rein.

Propos recueillis par Aurélie Bastin

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