Témoignages

Abus d’antalgiques et maux de tête chroniques | Misbruik van pijnstillers en chronische hoofdpijn

Abus d’antalgiques et maux de tête chroniques

Pr. Schoenen, neurologue au CHR de la Citadelle à Liège

Abuser des antalgiques peut augmenter significativement la fréquence des maux de tête et des migraines. Éclairage avec le Pr Schoenen, du CHR de la Citadelle à Liège.

Quel est l’impact de l’abus d’antalgiques sur les céphalées?

La surconsommation d’antalgiques, plus d’une fois par semaine, entraîne une chronicisation des céphalées. Les maux de tête ne deviennent pas nécessairement plus violents ou plus douloureux car l’antidouleur garde un effet antalgique. Mais les migraines sont plus fréquentes, entrecoupées de maux de têtes non migraineux, parfois quotidiens.  

On parle de céphalées induites par l’abus d’antalgiques quand elles sont présentes plus de 15 jours par mois et que l’arrêt des médicaments antalgiques permet une réduction de la fréquence des crises.

Quels sont les  patients concernés?

Le phénomène des céphalées induites par l’abus d’antalgiques concerne environ 2% de la population générale. Il s’agit le plus fréquemment de patients migraineux sévèrement atteints, dont la fréquence des crises est élevée dès le départ et qui surconsomment des antalgiques… parce que les migraines ne sont plus supportées ou parfois même préventivement pour éviter leur survenue.

Par ailleurs, des études ont démontré que certains migraineux présentaient une prédisposition à développer cette complication. Il s’agit d’une hypoactivité dans le cortex orbito-frontal, la partie de notre cerveau qui nous permet de dire «non» et qui contrôle le circuit du plaisir et de la récompense. Cette anomalie cérébrale favorise la dépendance.

Quelles sont les solutions pour sortir de ce cercle vicieux?

Le sevrage est la seule solution. En effet, l’arrêt des traitements antalgiques doit être complet d’emblée. Le patient peut bien entendu présenter des céphalées liées au sevrage durant plusieurs jours, ce qui peut être atténué par certains médicaments prescrits pendant 2 semaines, le temps du sevrage physique. Le succès du sevrage est de 90% dans les deux premières semaines: la majorité des patients (60%) ont une réduction importante des maux de tête après ces 2 semaines. Mais le risque de rechute n’est cependant pas négligeable: jusqu’à 30% après 1 an.

Tous les médicaments, pris abusivement, peuvent-ils provoquer ce phénomène?

Les médicaments incriminés ne sont pas tous égaux.

En première ligne, il y a les antalgiques combinés, qui contiennent un antalgique (paracétamol, etc.) combiné à de la caféine et/ou de la codéine. Ce sont les plus difficiles à soigner car les céphalées de sevrage durent au moins 15 jours et les rechutes sont les plus fréquentes. 

Viennent ensuite les triptans, médicaments spécifiques de la migraine. Ils induisent plus rapidement le phénomène de chronicisation mais les céphalées de sevrage ne durent que quelques jours.

Les produits ayant le moins de risque d’entraîner des céphalées par abus de médicaments sont les antirhumatismaux (ibuprofène, naproxène). Ils peuvent même protéger certains migraineux contre ce cercle vicieux.

Mais, de manière générale, un conseil: méfiez-vous des antalgiques. Lorsque la migraine devient fréquente, consultez un spécialiste pour bénéficier d’un traitement préventif adéquat (traitement de fond).

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