Témoignages

Dr José-Antonio Elosegi, chef du service de neurologie du CHU Ambroise Paré à Mons. | Dr. José-Antonio Elosegi, diensthoofd neurologie van het CHU Ambroise Paré in Bergen.

Parkinson: les premiers symptômes 10 ans après

Dr José-Antonio Elosegi, chef du service de neurologie du CHU Ambroise Paré à Mons.

Les premiers signes évocateurs de la maladie de Parkinson apparaîtraient en moyenne 10 ans après qu'elle se soit déclarée. Pourquoi ces symptômes «à retardement»? Les explications du Dr José-Antonio Elosegi, neurologue.

Pourquoi dit-on que la maladie de Parkinson débute avant l'apparition des premiers symptômes?

«Pour des raisons que l'on ignore encore à ce jour, la maladie de Parkinson touche spécifiquement certaines cellules situées dans une partie du cerveau appelée la substance noire. Or, c’est là qu’est produite la dopamine, un neurotransmetteur qui joue notamment un rôle important dans la motricité. Lorsque ces cellules dégénèrent et meurent, le taux de dopamine dans le cerveau diminue. Et lorsque le déficit devient trop important, les symptômes de la maladie de Parkinson se manifestent. Il faut donc un certain temps avant que la maladie ne se déclare.»

Quel est habituellement le délai avant que ces premiers symptômes apparaissent?

«Les premiers symptômes de la maladie de Parkinson ne se manifestent que lorsque plus ou moins 60% des cellules productrices de dopamine sont déjà mortes. Ce qui prend plusieurs années. Chaque patient est relativement différent et l'évolution est variable chez chacun. Mais on compte en moyenne 10 ans entre le moment où la maladie de Parkinson se déclare et l'apparition des premiers signes spécifiques, et donc la possibilité d'établir un diagnostic.»

Comment se manifeste la maladie de Parkinson dans un premier temps?

«Par une série de symptômes typiques:

  • des tremblements qui surviennent exclusivement lorsque la personne est au repos,
  • une rigidité musculaire,
  • une akinésie, c'est-à-dire une lenteur lorsque la personne initie un mouvement,
  • et une  instabilité à la marche.

Il s'agit là des symptômes révélateurs de la maladie de Parkinson. C'est d'ailleurs sur base de la présence de certains ou de l'ensemble de ces symptômes que l'on peut la diagnostiquer.»

Est-ce que d'autres signes peuvent toutefois apparaître avant ces premiers symptômes?

«Oui, on décrit désormais une série de signes précliniques, comme la perte d'odorat, la constipation, les troubles du sommeil... Ces signes peuvent annoncer l'apparition de  symptômes plus typiques quelques années à l'avance. Ils restent toutefois trop peu spécifiques pour permettre d’évoquer une maladie de Parkinson. Une perte d'odorat ou de la constipation peuvent en effet être liées à bien d'autres causes. De tels signes peuvent orienter le neurologue ou lui mettre la puce à l'oreille tout au plus...»

Diagnostiquer la maladie plus tôt, c'est-à-dire avant l'apparition des premiers symptômes, aurait-il un intérêt à ce jour?

«Non, un diagnostic plus précoce ne serait pas utile à l'heure actuelle... Il n'existe toujours aucun traitement curatif et même si l’on parle beaucoup des médicaments neuroprotecteurs (qui freineraient l'évolution de la maladie), ceux-ci n'ont toujours pas fait leurs preuves. Les médicaments prescrits aujourd'hui sont symptomatiques ; ils visent à atténuer les symptômes. Les prescrire avant l'apparition de ceux-ci n'a donc pas d’intérêt.»

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